Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /2009 10:45

 Passons aux choses sérieuses...

 



A
ujourd’hui je suis à Chengdu, au centre de la Chine, dans la Province du Sichuan. Ce nom ne vous est peut-être pas inconnu: tout d’abord il s’agit de la capitale mondiale du Panda. Puis, cette province a été victime en 2008 d’un terrifiant tremblement de terre, fortement médiatisé. Enfin, la gastronomie Sichuannaise est réputée dans le monde entier, notamment pour son poivre à la saveur unique et aux propriétés anesthésiantes, mais aussi pour sa cuisine TRES fortement pimentée.

Depuis mon arrivée à Chengdu, j’ai déjà bien profité des plaisirs locaux (massages et thé vert de fraîche récolte à volonté), mais je ne me  suis toujours pas frottée à la vraie gastronomie locale. Est-ce sciemment, par peur du feu de Dieu ? Malgré ma passion pour les plaisirs de la table, je dois dire que je suis assez « picky », comme disent les Anglais. J’adore manger, mais pas de tout. J’ai énormément de mal à dissocier le mental de l’assiette. Ainsi, servez moi des ris de veau et je verrai la pauvre bête, arrachée de la mamelle maternelle, se faire ouvrir le cerveau. Servez-moi une côtelette d’agneau, et je verrai ce petit nounours blanc qui m’a fait rêver toute mon enfance.

 

Alors qu’une grappe de raisin, des petits pois ou un botte d’épinards ne m’émeuvent pas le moins du monde….

Cette relation cérébrale avec la nourriture peut parfois être handicapante, par exemple quand on est sur le point de faire un repas gargantuesque Chinois, en Chine, à pas moins de 10 000 kilomètres des habitudes gastro-culturelles européennes.
En effet, la gastronomie est avant tout une histoire de culture. Par exemple, pourquoi les uns mangent-ils du chien alors que les autres le vénèrent et dorment avec (si si, j’en connais…)? Les références sont nombreuses, mais je pense que la session de travaux pratiques que je vais vous raconter en demeure le meilleur exemple…

 

Nos hôtes ont décidé de nous faire plaisir. Nous nous installons donc à la table traditionnelle, dont le plateau central tourne afin que chaque convive se serve dans le plat commun. C’est très convivial et esthétique.

Nous voilà donc à table. Je ne vous cache pas qu’une petite appréhension monte en moi, pour une raison encore inexpliquée… comme un pressentiment.

On nous sert, comme apéritif, un verre de lait chaud, de soja semble t’il. C’est inhabituel et agréable. Déjà mes voisins Frenchy gloussent, ils auraient préféré un bon verre de blanc sec, voire de rosé, en cette chaleur continentale.

Mon verre de lait avalé (mais que m’a t’il pris de ma caler l’estomac avant un banquet ??), on me sert une belle assiette garnie, de fruits de mer dirais-je à première vue. Une grande assiette où se tient un assortiment de mets colorés, en sauce pour certains, frits pour d’autres, clairement crus pour les derniers. Hum…

Le problème, c’est que l’intellectualisation de la nourriture se décuple lorsque l’on ne sait pas ce qui est dans l’assiette. J’imagine alors les pires choses : des pattes de méduses en guise de champignons farcis, des oreilles de chiens bouillies sous couvert d’aubergines en sauce… Je perds les pédales et imagine le pire. C’est embêtant pour une amoureuse de la  gastronomie me direz vous. Oui, certes, j’avoue, mais admettez qu’il est rare de ne pas savoir ce que l’on mange. Dans nos contrées, on reconnaît son met par l’aspect, l’odeur, ou la façon d’être cuisiné. Mais lorsque vous êtes dans un pays dont la gastronomie n’a rien n’a voir avec celle que vous connaissez, en termes de matières premières, de cuisson ou d’accompagnement, tout est inconnu, c’est très troublant ! SURTOUT quand vous êtes dans LE pays des mangeurs de chien et de méduse.

 

Je m’aventure alors à demander à mon voisin Chinois (je l’avais repéré dès le début et m’étais assise à côté de lui en prévoyant le coup…) de quoi se compose notre entrée. Non seulement il ne comprend pas bien ma question, mais je ne comprends rien à sa réponse. Je souris bêtement en prononçant un Tsiétsié (merci en phonétique Chinois) peu rassuré.

Les convives ont déjà commencé et j’ai l’air très bête. Mon voisin de droite (l’autre, un Français) s’est bien rendu compte de mon embarras et se moque ouvertement de moi.

Bon, ça suffit, je n’ai pas le choix, je DOIS trouver le menu de ce repas de fête. Je veux savoir ce que je mange.

Je fixe alors intensément le serveur, en espérant qu’il comprenne ma détresse par transmission de pensée, dont la langue est, comme chacun sait, universelle. Soudain, mes doigts se posent sur un petit papier enroulé autour de ma tasse de thé : LE MENU...

 

J’ouvre avec avidité, et me rends compte très rapidement de mon erreur : maintenant que je sais que je vais manger, comment vais-je pouvoir avaler ça ?

-          Braised Sea Cucumber with Garlic : concombre de mer braisé

-          Pan-fried “Shanghainese” Dumpling : ravioles frites à la Shanghaienne

-          South African Abalone Slices in Sauce : Abalone d’Afrique du sud et sa sauce

-          Fried Oysters : huîtres frites

Je n’ai plus faim…

 

Il est pourtant impossible de faire l’impasse sur toute l’assiette. Ainsi, je procède par solution de facilité, car le courage est ma première vertu :

je crois que j’aime l’abalone, il me semble en avoir déjà mangé chez le Japonais. En effet, il s’agit d’un coquillage, ici servi cru. J’embouche, j’avale, tout va bien. Puis, l’huître frite. Pour la Charentaise que je suis, faire frire une huître me paraît pour le moins singulier. Mais je déguste quand même ce met, qui s’avère être délicieux.

J’avale dans la foulée la raviole frite à la Shanghaienne sans me demander ni à quoi cette dernière est fourrée, ni ce que les Shanghaiais ont à voir là dedans.

Enfin, le concombre de mer… THE SEA CUCUMBER… Chers amis, avez-vous déjà vu un concombre de mer ? non ? eh bien regardez sur votre base de données de photo préférée, et puis on en reparle.

Moi, des concombres de mer, j’en ai vu nager à tous les coins de rue en Chine, et franchement, je refuse d’avaler un seul morceau de ce mollusque élastique, hum… dont les Chinois raffolent.

Ouf, j’ai fini mon entrée, enfin disons que j’ai goûté à presque tout…

 

Soudain, il m’a semblé sentir comme une montée de fièvre dans mon corps, et devenir blême. Ce sentiment m’a ensuite été confirmé par mon voisin de droite, le Frenchy, qui a assisté à toute la scène en ricanant, discrètement Dieu merci. Une désagréable impression de devoir aller aux toilettes au plus vite (je précise qu’à Chengdu, toutes les toilettes sont "à la Turque"). Heureusement cette sensation de mal de mer de Chine est passée comme elle était venue. Là encore, ne nous posons pas trop de questions.

 

Le serveur, compréhensif, me dessert rapidement. Passons aux choses sérieuses maintenant : le (les ?) plats de résistance. Je me réjouis à l’idée de plats épicés et colorés, et ne résiste pas à l’idée de regarder mon petit menu :

 

Pigskin Aspic : ??????: aucune idée de la traduction à ce stade

Wok-fried pork belly with chili and bean paste: Panse de porc sautée au wok avec chili et pâte de haricot

Steamed pork belly with walnut pastry: Panse de porc vapeur et sa pâtisserie à la cacahouète

Braised frog with vegetable: grenouille braisée et ses légumes

Simmered rabbit Sichuan style: lapin vapeur à la mode du Sichuan

 

Je n’aurais pas dû regarder ce menu. Vous pensez que je suis une chochotte, je sais. Mais qui a envie de se faire une ventrée de panse de porc ? Sans parler du Pigskin Aspic qui m’a bien l’air d’être du porc aussi, voire de la peau de porc, dans une sauce Aspic, inconnue au bataillon.
Depuis, j’ai cherché dans mon dictionnaire ce qu’est l’Aspic :

Possibilité  1 : « une vipère des montagnes » Prions pour que ça ne soit pas ça…

Possibilité 2 : «Une lavande mâle poussant à basse altitude en Provence » I wish !

Possibilité 3 : « un plat composé de viande, de poisson froid etc… dressé sous de la gelée moulée, en forme de serpent roulé. » Mon Dieu…

Si le Petit Robert, lui-même, inscrit « etc… » dans ses définitions, c’est que vraiment cette recette est open à tous les ingrédients possibles et imaginables !!

 

Bref, je reprends ma méthode de prédilection en procédant par solution de facilité, et goûte la panse de porc sautée au wok avec chili et pâte de haricot. C’est un peu mou et légèrement sucré. Puis la panse de proc vapeur avec pâtisserie à la cacahouète : idem.

Comme je veux en finir avec le porc, je me colle à l’Aspic : c’est une sorte de porc en gelée, et ne pensons pas au serpent derrière tout ça…

Puis, la grenouille et le lapin. Je ne suis pas trop sûre quant à la grenouille et au lapin. Pourtant, ces plats étaient les moins surprenants, et toutefois excellents. Enfin de mon point de vue de Frenchy, bien sûr, car un Britannique, sans parler d’un Américain, n’auraient pas vu la grenouille et le lapin du mêm oeil…

 

Enfin le dessert… Non pas que j’aie une dent sucrée (comme disent mes amis d’outre Manche), mais cela annonce bel et bien la fin d’un repas semé d’embûches.

J’hésite une seconde à ouvrir mon menu, qui sait quel animal notre Chef a encore ébouillanté ou cuit à la vapeur?

-          Eight Treasure Rice Pudding: Gateau de riz aux huit merveilles

-          Noodle soup and Sea Cucumber Dumpling: soupe de nouilles aux ravioles de concombre et concombre de mer

-          Melon

Non…Pas encore le concombre de mer… Avez-vous regardé la photo de cet animal depuis le début de cette histoire ? ALLEZ Y ! vous comprendrez.

Et que fait la soupe de nouilles en dessert ?

Le gâteau de riz, quant à lui, a l’air sympathique. Les huit merveilles se composent en fait de fruits confits et de cerises Bigarreau (celles qu’on met dans le Martini, vous savez ?). Ce dessert se présente comme un petit pâté de riz, jaunâtre, nappé de sauce brune aux haricots rouges, parsemé de petits morceaux colorés de fruits confis.

Pas très ragoûtant mais généreux, j’aime les desserts asiatiques à base de riz.

Mon voisin, côté Français naturellement, est mort de rire. Il me demande : t’as vomi ?

Sa finesse me dépite, mais malheureusement il a raison, ces huit merveilles ne sont vraiment pas appétissantes.

J’avoue que la soupe de nouilles au concombre de mer est littéralement passée à la trappe.

En revanche, le melon a été salvateur. Comme dans toutes les régions ensoleillées, les fruits sont exquis, et encore plus pour une fructivore de mon espèce, en manque de vitamines et en overdose de protéines animales en tout genre.

 

Et pour finir, comme je vous ai probablement mis l’eau à la bouche, je vous invite à aller rechercher les photos des délicieux mets dont je viens de vous parler. Bon appétit!

 

 

 

 

Par Paola - Publié dans : Les choses qui ont du goût
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