Tout a
commencé à minuit, lorsque que j’ai réalisé, avec effroi, que nous étions le… 1er septembre.
Pas de doute… c’est la rentrée.
Pourtant, le contexte est trompeur: il fait 30 °C, je suis sur une terrasse avec vue imprenable sur mon Chéri torse nu qui se remet juste de son activité favorite: la grillade au barbecue.
Tout va bien en apparence donc, sauf que je regarde mon portable et réalise que nous venons de passer du 31 août au 1er septembre.
MAIS SI ça change tout !
D’un coup, les vacances s’envolent: adieu masque, tuba, maillot de bain et… homme boucané. Cela signifie bel et bien que nous rentrons à Paris…
Et que fait une Parisienne qui rentre de vacances, déprimée?
Un spa hors de prix biensûr!
Réfléchissons, n’aurais-je pas un bon de réduction sous le coude pour un massage chez Yves Rocher? Je cherche, fouille, et tombe sur l’objet idéal. Mes chers amis, qui anticipent toujours les petits soucis de Paola, m’ont offert dernièrement un kit “bien être” en boîte. Je peux donc choisir, parmi un nombre fantastique de pages, si je souhaite un massage Thaï, Russe, Croate ou autre….
Flip flip flip, que choisir?
Et soudain, je tombe sur Francis. Francis : le coach personnel pour relooking de Parisiennes super fashion…
Une appétence de contre-pied me prend (ça m’arrive souvent), et j’ai envie d’aller tester Francis. Je suis curieuse de connaître les conseils avisés que promulguent ces coachs du look, ces gourous du bien sapé.
Je prends donc rendez-vous chez Francis, dans les beaux quartiers de la capitale.
Jour J. Oups…Comment m’habiller ?
Mais rien, non vraiment rien, ne ressort de mes tiroirs retournés. Outre le chantier dans mon dressing, je ne trouve
rien…
Bon, j’irai donc habillée comme tous les jours, je vais bien voir
ce que Francis pense de mon côté naturel, fille next door… vous voyez ??
Eh bien Francis, au premier regard, a su que je n’étais pas une fashion addict.
La mèche au vent, Francis est un quadragénaire habillé d’un jean blanc et d’une chemise rose. Je me demande donc s’il a vraiment l’intention de montrer l’exemple, habillé comme un Tropézien sur le retour.
Il me propose de m’asseoir face à lui.
Au moins, il a l’élégance de ne pas me dévisager de haut en bas, comme je m’y attendais. Cet homme est donc discret dans son jugement…
Soudain, il dégaine sa télécommande, et allume un projecteur bien planqué. Il commence sa présentation.
Je le regarde en coin, en me disant : ok, je vois le genre, il ressort sa salade à toutes les mémères qui viennent le voir.
Mais je suis plutôt agréablement surprise, il semble personnaliser plus que prévu. Il m’observe, m’interroge rapidement sur mes attentes, puis me dit :
« En termes de priorité, je vous conseille de penser aux accessoires. Cela va des chaussures aux bijoux, en passant par le sac, la ceinture, le foulard etc…
Il continue : sachez d’ailleurs qu’un bon indice pour définir le style d’une femme est de regarder son sac et ses chaussures. »
Direct, je baisse les yeux et m’aperçois, avec horreur, que je porte un sac à main râpé et des baskets. Je me rends donc compte, en préambule, de l’ampleur des dégâts…
Il continue : « Il n’y a aucun problème de taille sur les accessoires. Prises ou pertes de poids, votre collier, votre sac vous iront toujours ! C’est l’avantage. »
Pourquoi me parle t’il de perte de poids en introduction le malappris ? Est-ce que je porte une chemise rose, moi ?
Mais Francis ne daigne même pas relever mon regard froncé, et continue, tourné vers sa présentation murale:
« Voici les couleurs que vous devriez porter. Référez-vous au nuancier que voici. »
Francis me présente alors quatre cercles multicolores, agrémentés de flèches et légendes que je ne comprends pas.
Comment dire à Francis, roi de la Jet Set, que les codes couleurs de la mode sont du Chinois pour moi ?
« Francis, je ne comprends rien » soufflai-je.
L’intéressé me jette un regard dubitatif, sourcil levé, et, sans broncher, s’explique:
1/Les harmonies monochromes : trois couleurs dans une même teinte (exemple : trois rouges différents)
2/ Les harmonies analogiques : trois couleurs choisies bla bla bla
3/ Les harmonies diades : bla bla bla
et 4/ les harmonies complémentaires… bla
Fiou… c’est compliqué. En fait ça ne doit vraiment pas être drôle d’être Stella Mccartney, pensais-je, alors que Francis se racle la gorge, visiblement impatient et gêné par le fait que je ne l’écoute plus.
« Bon, coupai-je, concrètement, comment dois-je m’habiller? »
Francis a l’air de plus en plus fatigué par mon manque évident de culture fashion. Il soupire, puis me dit :
« Règle n°1: Une tenue vestimentaire ne dépasse pas trois dominantes de couleurs
- OK, je comprends ça
- Règle n°2 : les couleurs foncées doivent être pour les pièces du bas et les couleurs plus claires pour celles du haut. Bien sûr, il y a des exceptions.
- Des exceptions?
- Règle n°3 : les chaussures, sac et ceinture doivent être de la même teinte.
- Mais Francis, qui a des collections de chaussures, sacs et ceintures de la même couleur à part Paris Hilton?
- Mademoiselle, c’est pourtant simple. Il faut assortir les accessoires aux vêtements de base. Mais enfin, cela relève du bon sens ! C’est comme en été, vous assortissez bien vos tongs avec votre maillot de bain , n’est-ce pas ? »
A ce stade, je me demande s’il est sérieux. Mes tongs à mon maillot de bain ???
-Bien sûr… répondais-je en prenant la mesure de l’immense fossé fashion qui ne cesse de s’élargir entre nous.
- Et pour finir, conclut Francis, soulagé que l’entretien touche à sa fin, les collants et les chaussettes doivent impérativement être assortis à la couleur des chaussures, ou, à défaut du pantalon.
-Bien entendu… ».
J’ai l’impression d’être dans une émission de déco pour être humain, entre les Queers et la caméra cachée.
Pourtant, et c’est le plus déroutant, Francis est très sérieux et ne prend pas son rôle à la dérision. Il est TRES sérieux. Il a probablement étudié tout cela pendant des lustres, dans une école hors de prix. Il espère secrètement rencontrer Karl Lagerfeld un jour afin de lui souffler des conseils inattendus en assortiment de chaussettes, ou lancer la prochaine Kate Moss en proposant une gamme de couleurs analogiques inédites qui le rendra célèbre.
Et c’est pour ça que je ne peux pas rire au nez de Francis: il ne blague pas et tout cela semble relever d’une science exacte.
Bon, très bien, j’aurai au moins découvert cela et suis heureuse de ne pas avoir à faire un chèque à la fin, ç’a n’en vaut tout de même pas le coup…
Je remets donc mon bon cadeau à Francis, qui me souffle à l’oreille:
« Prochaine étape, le shopping. D’ailleurs, nous proposons des forfaits shopping à 300 euros de l’heure, et nous vous accompagnons en boutique. »
Bon Francis, ça suffit. Je ne suis peut-être pas fagotée comme Coco Chanel, mais au moins je sais faire mes courses toute seule.
Sur ce, je tire ma révérence à Francis.
Cher ami lecteur :
Si vous aussi, vous souhaitez être plus beau et attractif aux yeux de la société de consommation, mais que malheureusement vous n’êtes pas une icône de mode née, n’allez pas à un cours de relooking. Vous vous y sentirez comme une vache dans un atelier de haute couture.
En revanche, je vous recommande un cours de cuisine qui sera probablement plus adapté. On ne vous y apprendra pas avec quel vêtement assortir vos chaussettes, mais plutôt comment appâter l’élu(e) de votre cœur par l’estomac, technique qui a fait ses preuves, et qui fonctionne bien mieux que le coup de la chemise rose.
Ainsi, vous apparaîtrez généreux, serez apprécié de vos pairs et, en plus, n’aurez pas à vous coltiner Francis dans la cabine d’essayage pour un tarif horaire exorbitant…