Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 16:41

J’ai testé pour vous… le cours de danse ballerine étoile.

 

Comme beaucoup d’entre vous j’ai titillé la danse classique entre 6 et  8 ans, mais mon niveau ne m’a malheureusement jamais permis de continuer. Allez savoir si c’est mon manque de souplesse, que je constate encore aujourd’hui, ou bien mon léger surpoids déjà à l’époque, ou enfin l’intelligence de tutu de ma prof d’alors…

Quoi qu’il en soit j’ai été rapidement évincée des spectacles de fin d’année en chignon haut.

Aucune rancœur toutefois, il me semble même avoir ressenti un certain soulagement lorsque j’ai enfin pu arrêter le carnage : ces cours douloureux où mes copines me narguaient en faisant le grand écart sous mon nez, alors que je me remettais à peine de l’échauffement. Bref, aucune rancune, mais pas vraiment l’intention de m’y remettre un jour non plus. Le passé quoi.

Mais la vie n’en fut pas faite ainsi, et je me retrouve en ce lundi frisquet sur le banc d’une salle de danse à regarder de jeunes ballerines faire des ronds de jambes, littéralement. J’adore regarder la danse, et je crains, une fois de plus, de m’être laissée emporter par les émotions sans m’en rendre compte. Je me suis en effet surprise en train d’applaudir suite à un tour aérien d’une ballerine, ou à un saut de chat extraordinaire… À plusieurs reprises la prof m’a lancé des regards réprobateurs, j’avoue. Mais comment se contenir devant une telle beauté ?

À la fin du cours, horreur, la prof s’approche de moi. Elle n’a pas l’air aussi méchante que quand j’avais huit ans, mais elle en jette tout de même. Je n’aimerais pas recevoir un coup de pied de ses chaussons en pointe…

Elle me regarde bien de face, et me dit, la tête haute : « vous avez l’air tellement excitée que vous devriez essayer ! »

Je commence à ricaner pour cacher mon malaise face à toutes les petites ballerines qui gloussent:  « Heu pardon Madame, mais je ne pense pas que ça va être possible… je sais bien que je n’ai rien d’une danseuse étoile… je suis plutôt du genre pachyderme sur parquet ou saut de vache en plein vol… » Je ricane (encore), et elle m’observe sidérée.

C’est affligeant, j’ai honte, je me tire. « Excusez- moi encore ! lui dis-je »

« Restez ! » m’ordonne t’elle en tapant sa pointe sur le sol.
« Hum … Comment vous dire non… remarquez ! »

Elle me tend un habit de répétition, et précise, mutine : «  Nous commençons les étirements, ce sera un bon début pour vous ».

Je souhaite me fondre dans le sol, car des étirements de danseuse, pour un manche à balai comme moi, c’est comme un séjour en Jamaïque pour le Pape, c’est inconcevable.
Enfin, vous me connaissez, je ne suis pas du genre à fermer les portes entre-ouvertes (quoi que, parfois…) et j’enfile donc le sac à patates en nid d’abeille rose que l’on m’a prêté.

 

La vieille dame planquée derrière son piano, dans le coin, se remet en marche, et la prof commence.

Les premiers gestes me paraissent étonnament faciles: nous nous étirons le dos (position du chat, très sympathique), les mollets, les bras etc … Bien entendu, je me courbe à 50% moins que les ballerines, mais au moins je fais l’effort, je suis le geste.

Puis, étape numéro deux, je vois notre prof s’approcher de la barre. La barre… qui culmine à environ… un mètre vingt de hauteur. Je crains le pire.
Pas manqué, notre danseuse pose d’un geste majestueux son pied cambré sur la barre, et se voûte sur sa jambe.
Heureusement, me dis-je , une prof sert exactement à ça : à nous montrer ce vers quoi l’on tend, ce que l’on ne peut pas encore accomplir. Bel exemple, me dis-je, en lançant à mes copinettes ballerines un regard compréhensif : petites fées, vous aussi un jour ! pensai-je béatement, en offrant mon plus beau sourire.

Mais… les petites fées se ruent à leur tour vers la barre et hop ! déposent délicatement leur gambette droite.

Ah…

La prof se tourne vers moi, et me questionne du regard.

« Ah mais non, dis-je, je n’envisage pas une seconde de me déboîter la hanche, désolée… Je ne pourrai JAMAIS poser mon pied sur cette barre…. ». Est-elle folle celle là ?

Et la prof de me répondre, dans un port de tête royal: « Essayez au moins ».
Quel affront : OK !

Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que j’en étais capable ! Grâce à un coup de hanche digne d’une Brésilienne, je lance ma jambe sur cette barre. Yeaaaah !

Au bout de 15 secondes dans cette position, mon muscle à l’arrière de la cuisse est en feu. Je supplie le bon dieu (??) qu’une certaine dame en tutu nous demande de descendre notre jambe… Au bout de 60 secondes (je tiendrai… je tiendrai…) je ne sens plus ma jambe. Ahhhhh !!! enfin… on nous demande de descendre cette jambe.

Eh eh, mais comment faire ?

1,2,3 descend !

BOUM ! Dans un effort désespéré et totalement opposé à la grâce d’une danseuse, je jette mon poteau tout raide sur le sol.

La prof est verte, et moi je fais la tête. Mais c’est criminel de me faire faire ça, mégère !

La prof ricane, les ballerinettes aussi, TRES DROLE !

Bon allez, je ne suis pas mauvaise perdante donc… je fais la jambe gauche, et après il faut vraiment que j’y aille, OK ?

OK…

Même la vieille dame derrière son piano se fend la poire, ce qui n’a pas dû lui arriver depuis un moment !

 

Suite à cette drôle d’expérience, je n’ai pas pu utiliser mes jambes pendant 48 heures, sous peine de trop souffrir du fessier, et Dieu sait que c’est gênant dans la vie de tous les jours de souffrir le martyre de ce muscle-là…

Mais en tous cas, je crois avoir déridé une prof qui perpétuait la tradition d’une discipline en terrorisant des dizaines de petites filles. Bien fait !

Je crois aussi avoir fait ricaner une vieille dame mélomane qui ne devait pas avoir vu ça depuis longtemps dans une salle de danse.
Et, clou du clou, je peux maintenant me vanter alentour, dans les soirées parisiennes par exemple, que j’ai participé à un cours de Ballerines..

« Eh ouais ! Ah bon toi t’étais nulle quand t’étais petite ? Eh bien écoute, figures toi que j’étais surprise de constater, dans mon cas naturellement, que c’est une peu comme le vélo… si tu veux… hum… ».

 

 

Par Paola - Publié dans : La vie
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